24 Heures

26.01.2009

Les Navigateurs de l’Infini - Rosny Aîné

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Joseph-Henri Boex, qui écrivait sous le pseudonyme de Rosny aîné, est né à Bruxelles en 1856. Il est mort à Paris en 1938. D’abord journaliste en Angleterre, il revint à Paris en 1886. Il écrivit de nombreux romans, tantôt en collaboration avec son frère J.-H. Rosny jeune, tantôt seul.
Il devint un écrivain « classique » ayant réussi, président de L’Académie Goncourt, personnage très important des milieux littéraires.

Pourtant l’histoire littéraire le retiendra surtout pour un roman génial de science-fiction, qui s’appelle La Guerre du Feu. La Guerre du Feu est paru en 1911. Un million et demi d’exemplaires ont été vendu depuis, en France seulement. L’ouvrage est traduit en douze langues. C’est un chef-d’œuvre. On y voit ressuscité l’homme préhistorique comme jamais aucun écrivain n’avait réussi à le faire revivre devant nous, et comme jamais aucun écrivain n’y a réussi depuis.
Rosny écrivit d’autres romans préhistoriques : Vamireh, Eyrimah, Helgorv du Fleuve Bleu. Ce dernier eut l’honneur d’être publié en traduction anglaise dans la célèbre revue Argosy.
Puis Rosny commença à s’intéresser à une science-fiction plus futuriste, et fondée davantage sur les grandes découvertes de la science. Il était l’ami de Jean Perrin, de Paul Langevin, d’Emile Borel, de Georges Urbain. Ces grands savants le conseillaient dans son travail d’auteur de science-fiction ; c’est pour cette raison que les romans de science-fiction de J.-H. Rosny aîné sont à la fois rigoureux et audacieux. Parmi ces œuvres, il faut citer en particulier : La Force mystérieuse, L’Enigme de Givreuse, L’Etonnant Voyage de Hareton Ironcastle, et, bien entendu celui que vous allez lire : Les Navigateurs de l’Infini.
Ce roman est placé dans notre avenir immédiat, à l’époque suivant l’exploration de la Lune, au moment où commence l’ère des voyages interplanétaires entrepris par des appareils pilotés.
Les fusées qui employaient l’énergie chimique ont été remplacées par des éléments propulseurs utilisant des énergies supérieures à l’énergie chimique. C’est l’époque de la propulsion directe par champs.
La planète Mars que l’auteur nous décrit ressemble assez à la planète Mars de nos dernières découvertes, des photographies transmises à la Terre par des sondes Mariner. Très peu d’air, pas d’eau libre.
Quelque chose de « parallèle » n’est pas tout à fait semblable à la vie qui existe, quelque chose « en forme de vie » ou, comme le dit l’auteur, « zoomorphe ». Plus tard, les explorateurs découvrirent même des formes de vie à stature verticale, l’équivalent martien de l’humanité. L’ « humanité » martienne est décadente, à la fois parce que la planète est mourante et à cause d’une lutte contre les Zoomorphes. Les explorateurs terriens aideront les Martiens dans toute la mesure du possible, et des relations régulières s’établiront entre les deux planètes.
Sur cette trame rassurante, très loin de la « guerre des mondes » et des monstres de la science-fiction commerciale, Rosny a construit un roman extrêmement solide. Aussi bien les formes d’organisation de la matière et de l’énergie autres que la vie terrestre, que les intelligences non humaines, sont admirablement décrites. Les personnages humains sont vivants et attachants. C’est un modèle de science-fiction. (...)

Jacques Bergier


Trackbacks

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Commentaires

Ah le Félin Géant, qui fait suite à la Guerre du Feu, quel roman ! Mais le terme de science-fiction me parait assez impropre. Je parlerais plutôt de roman historique, ou préhistorique, car il n'est ici question ni de futur, ni de mondes parallèles, encore moins d'autres planètes...
Par contre sa description du machairodus est saisissante et pas forcément si anachronique qu'on a bien voulu le dire, puisqu'il semble aujourd'hui que la disparition des grands félins à dents de sabre soit bel et bien due à l'expansion humaine et à la pression qu'elle a entraînée, il y a 40 000 ans, sur les populations de grands herbivores, en plus des conditions de changement climatique.

Ecrit par : Philippe Souaille | 26.01.2009

"Les Navigateurs de l'Infini", c'est le meilleur roman de science-fiction de Rosny aîné, et vraiment, il est excellent. A mon avis, la présentation de Jacques Bergier est ici incomplète, car à la lecture, ce n'est pas forcément l'inventivité de l'écrivain, qu'on admire : sa capacité à conjecturer dans un sens scientifique. En fait, le roman part de cette façon, mais ce qu'on perçoit, c'est une sorte de féerie, qui finalement ressuscite, sur Mars, les contes de fées médiévaux. Le monde martien est qualitativement supérieur au nôtre. De fait, il y existe, par exemple, des êtres gazeux : des corporéités gazeuses y ont une volonté et une conscience propres. Or, pourquoi l'être humain pourrait déceler ces volontés et ces consciences d'êtres gazeux simplement parce qu'ils ont changé de planète ? Ici, Mars n'est qu'une occasion de redécouvrir la nature en général : après tout, même sur Terre, à ce compte-là, des corporéités gazeuses pourraient être douées de volonté propre sans qu'on le sache. Les Martiens bipèdes se reproduisent par la simple voie psychique, par ailleurs : à la manière des fées. Car je ne suis pas persuadé que les engendrements de héros par des nymphes doivent être comprendre autrement que comme une voie psychique de procréation. Mars est l'occasion de recréer la mythologie antique sous des dehors formels scientifiques. Et ce n'est pas forcément vu, consciemment, mais c'est bien ressenti : le sentiment, face à cette Mars de féerie, est le même que face aux légendes de la fable.

Ecrit par : Rémi Mogenet | 26.01.2009

Erratum : "Car je ne suis pas persuadé que les engendrements de héros par des nymphes doivent SE comprendre autrement que comme une voie psychique de procréation".

Ecrit par : Rémi Mogenet | 26.01.2009

En définitive, sur la base de ce que je lis ci-dessus, Rosny l'Aîné n'a jamais écrit de la SF: selon Monsieur Souaille il s'agit, dans un premier temps de romans historique ou préhistoriques et pour Monsieur Mogenet il s'agit de fantastique, bien qu'il n'utilise pas ce terme.

La discussion est lancée: Qu'est-ce que la SF ? ... Nous ne sommes pas au bout de nos peines!

Ecrit par : Père Siffleur | 26.01.2009

Pere siffleur vous n'avez pas encore lu peut-être La Force mystérieuse et la suite Les Xipéhuz.

On ne voit ce que l'on connaît...

Pourtant Rosny Aìné est considéré comme un des père fondateurs de la Sf moderne...

Bien amicalement

PC

Ecrit par : P.C. | 26.01.2009

"Les Xipéhuz", je l'ai lu, et c'est exact que Rosny aîné y place des êtres étranges, peut-être bien extraterrestres, à l'origine de l'histoire des êtres vivants : ils étaient là avant les hommes. Cela rejoint Lovecraft. C'est de la science-fiction dans le sens où, au lieu d'être des monstres mythologiques selon le mode antique, ces êtres ont l'air de suivre les principes des sciences naturelles tels que l'époque moderne a pu les établir. Cela les crédibilise, et la science-fiction, c'est aussi cela : crédibiliser la mythologie en l'adaptant aux découvertes de la science moderne, et en faisant assumer le mythe par la hardiesse des hypothèses qu'on peut encore faire dans le cadre de cette science moderne.

D'ailleurs, Pierre, vous ne citez pas "La Mort de la Terre", qui se passe au contraire dans un lointain futur, et qui fait assister à la fin de l'humanité, remplacée par une espèce d'êtres assez proches de celle qu'elle a elle-même remplacée dans "Les Xipéhuz" ! Dans ce livre, les hommes ont des avions individuels. C'est bien de la science-fiction.

En outre, la crédibilité du monde martien est bien permise par les progrès de la mécanique des vaisseaux spatiaux.

Enfin, contrairement à ce que dit Philippe Souaille, "La Guerre du feu" ne se contente pas d'être un roman préhistorique. Il fait état, dans l'esprit des "Xipéhuz", quoique de façon plus douce, de civilisations plus anciennes que la nôtre, sous les titres poétiques et évocateurs de "gnomes rouges" ou "d'hommes bleus" : le roman n'a rien de réaliste, et Philippe doit confondre avec le film de Jean-Jacques Annaud. C'est une véritable épopée, qui voit nos ancêtres se confronter non seulement aux bêtes saivages, mais aussi à d'anciennes civilisations décadentes, lesquelles, là encore, ne sont pas sans rappeler les légendes sur les civilisations anciennes qu'on trouve chez Homère, avec l'idée d'une Troie bâtie par les Cyclopes. Sauf que Rosny aîné a soumis cela aux idées de la science moderne, de nouveau. En fait, il était comparable à Robert E. Howard, par exemple - ou à Lovecraft, comme je l'ai dit. Ses civilisations disparues ne sont pas toujours clairement d'origine extraterrestre, mais c'est tout comme. Maintenant, le genre dans lequel il écrivait, je ne pense pas que le nom par lequel il faut le désigner soit tellement important : cela ne changera rien à ce qu'il a écrit.

Ecrit par : Rémi Mogenet | 27.01.2009

Bonjour Rémi,

Vous irez loin , vous irez loin... Non seulement vous connaissez mais en plus vous savez argumenter.

Pour tous les messages, en général Jacques Bergier ou les amateurs de SF pensent que la distinction entre la SF et le fantastique est ténue.

Dans le cas du Diable en sabots, les pouvoirs de Roc seront peut-être expliqué
un jour, mais aux USA des recherchent se font sur ce qu'on appelle encore le paranormal.

L'acutualité de Claude pour cette année ce sont deux téléfilms : La Malvenue et Marie la Louve.

Bien à vous

Patrick

Ecrit par : Patrick Clot | 27.01.2009

Ai-je prétendu que Rosny n'avais jamais écrit de SF! J'ai écrit que selon ce que j'avais lu au-dessus de mon commentaire pouvait le faire penser et je voulais simplement engager une discussion (j'ai même écrit la discussion est lancée), ce qui s'avère difficile avec des ... "ayathollahs"? J'espère me tromper!

Ecrit par : Père Siffleur | 27.01.2009

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