24 Heures

30.01.2009

Stanislas Lem - Solaris

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(...) Stanislas Lem est un homme de très haute culture. Aussi bien les mathématiques avancées que la cybernétique, que la physique théorique, que la biologie moléculaire lui sont parfaitement familières.

Il est profondément pessimiste. Ce pessimisme peut évidemment être dû en grande partie à la situation politique en Pologne. Mais je pense qu’il s’agit d’un pessimisme beaucoup plus profond, intemporel. Lem est un homme à la recherche d’une religion, et je pense qu’il ne peut l’avouer, même à lui-même.

Ce pessimisme, d’ailleurs, ne lui fait pas perdre son sens de l’humour. Un de ses livres est dédié par le petit texte que voici : « Personne ne m’a aidé à faire ce livre. Quant au gens qui ont essayé de m’empêcher de travailler, ils sont trop nombreux pour être tous cités. »

Lem est certainement un des auteurs les plus graves, le plus profond de la science-fiction moderne. Il pose des problèmes essentiels, méritant la plus profonde réflexion.

Voici ce qui est posé dans le livre que vous allez lire. La théorie moderne sur l’origine de la vie est celle-ci : dans les océans à la surface de la Terre, il s’est formé des substances préparant la vie est celle-ci : dans les océans à la surface de la Terre, il s’est formé des substances préparant la vie. C’est ce que le biologiste anglais J.B.S. Haldane a appelé une « soupe vivante » Cette « soupe vivante » s’est ensuite séparée en gouttelettes qu’on appelle les coacervats. Ces gouttelettes se sont ensuite transformées en cellules, et ensuite, dans un laps de temps comprenant des milliards d’années, se sont formés les organismes à plusieurs cellules, aboutissant finalement à l’homme.


Lem suppose une planète où les coacervats ne sont pas séparés, mais où tout l’océan est devenu vivant, puis intelligent. Une telle intelligence nous dépasse, évidemment, comme nous-même dépassons en intelligence les virus et les bactéries. C’est cette planète imaginaire que Lem appelle Solaris.

Solaris tourne autour d’une étoile autre que notre Soleil. Les hommes du futur la découvrent et constatent que c’est une planète qui corrige sa trajectoire autour de son étoile d’une façon qui prouve l’existence d’une haute intelligence. Ils débarquent à la surface de Solaris, installent des satellites artificiels et essaient d’abord de communiquer et ensuite de comprendre les activités du système intelligent, de l’océan intelligent, qui recouvre entièrement Solaris.

Et ils constatent que ce problème de communication est extrêmement difficile. Des deux côtés, la bonne volonté ne manque pas. Mais la distance intellectuelle est énorme, plus grande encore que celle qui sépare l’homme du virus. A la fin du livre, le problème n’est toujours pas résolu. Mais, à travers une intrigue passionnante, le lecteur aura découvert les vraies difficultés de la communication, et il aura appris à réfléchir à beaucoup d’aspects de la vie qui, normalement, ne l’auront pas frappé.

Car tous les problèmes sont essentiellement des problèmes de communication.

Solaris est entièrement au-dessus des naïves histoires de la science-fiction, où l’on rencontre des extra-terrestres, et où on communique immédiatement avec eux. Il dépasse ces histoires, comme la machine destinée à débarquer dans la Lune, et qui par une curieuse coïncidence, s’appelle aussi LEM (Lunar Experimental Module) dépasse l’obus de Jules Verne.
Tous les ouvrages de Lem posent des problèmes de ce genre, et proposent souvent des solutions extraordinaires.

Lem est profondément sceptique sur le postulat fondamental, rarement exprimé, qui est à la base de toute science. Ce postulat est celui-ci : l’homme est capable de tout comprendre.

Pour Lem, c’est inexact. On arrivera à rencontrer dans l’univers, et peut-être sur Terre, des évènements, des êtres et des objets absolument incompréhensibles parce qu’au-delà du rayon d’action de notre imagination.
Lem rejoint là J.B.S. Haldane, qui a écrit : « L’univers est non seulement plus bizarre qu’il ne ‘paraît. Il est plus bizarre que tout ce que nous pouvons imaginer. » Des idées analogues ont été émises assez récemment par le savant français Pierre Auger. (...)

Jacques Bergier

27.01.2009

LOYS MASSON - POETE - MESSAGE A J. BERGIER

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Loïys Masson poète, homme de lettres, Résistant, né à l'île Maurice en 1915, aura marqué le milieu du XX ème siècle par son oeuvre, il décédera en 1969. Rédacteur des Lettres Françaises en 1946, il se fera écarté de celles-ci en 1948, suite à un conflit avec Aragon. Il deviendra en cette même année, le rédacteur du magazine REGARDS. La lettre ci-dessous est adressée à Jacques Bergier pour l'inviter à une éventuelle collaboration. La sensibilité de cette lettre est absolument admirable.


Magazine REGARDS

Paris, le 10 mars 1948

Cher Monsieur,

Lorsque j’étais rédacteur en chef des Lettres Françaises j’ai eu l’occasion d’être en rapport avec vous, par l’entremise de mon ami Jacques Blum, pour la page scientifique que nous y publions.

Attaché aujourd’hui à la rédaction de "REGARDS" , je serais très heureux si vous vouliez bien continuer é collaborer avec moi. Les articles vous seraient réglés dans les quinze jours suivant la publication et seraient payés le même prix qu’aux Lettres Françaises. J’espère que vous voudrez bien prêter intérêt à cette lettre.

"REGARDS" étant un magazine et faisant beaucoup de place à l’illustration, puis-je vous demander - au cas où vous accepteriez d’écrire un article pour nous – de m’envoyer des documents pouvant l’accompagner ou bien de m’indiquer où je pourrais m’en procurer.

Monsieur Jean Rostand, Monsieur Lencement et plusieurs autres collaborateurs de la page scientifique des Lettres Françaises m’ont déjà accordé leur concours. Le vôtre nous serait tout particulièrement bienvenu.

Veuillez agréer, Cher Monsieur, l’assurance de mes meilleurs sentiments.

Loÿs MASSON

26.01.2009

Les Navigateurs de l’Infini - Rosny Aîné

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Joseph-Henri Boex, qui écrivait sous le pseudonyme de Rosny aîné, est né à Bruxelles en 1856. Il est mort à Paris en 1938. D’abord journaliste en Angleterre, il revint à Paris en 1886. Il écrivit de nombreux romans, tantôt en collaboration avec son frère J.-H. Rosny jeune, tantôt seul.
Il devint un écrivain « classique » ayant réussi, président de L’Académie Goncourt, personnage très important des milieux littéraires.

Pourtant l’histoire littéraire le retiendra surtout pour un roman génial de science-fiction, qui s’appelle La Guerre du Feu. La Guerre du Feu est paru en 1911. Un million et demi d’exemplaires ont été vendu depuis, en France seulement. L’ouvrage est traduit en douze langues. C’est un chef-d’œuvre. On y voit ressuscité l’homme préhistorique comme jamais aucun écrivain n’avait réussi à le faire revivre devant nous, et comme jamais aucun écrivain n’y a réussi depuis.
Rosny écrivit d’autres romans préhistoriques : Vamireh, Eyrimah, Helgorv du Fleuve Bleu. Ce dernier eut l’honneur d’être publié en traduction anglaise dans la célèbre revue Argosy.
Puis Rosny commença à s’intéresser à une science-fiction plus futuriste, et fondée davantage sur les grandes découvertes de la science. Il était l’ami de Jean Perrin, de Paul Langevin, d’Emile Borel, de Georges Urbain. Ces grands savants le conseillaient dans son travail d’auteur de science-fiction ; c’est pour cette raison que les romans de science-fiction de J.-H. Rosny aîné sont à la fois rigoureux et audacieux. Parmi ces œuvres, il faut citer en particulier : La Force mystérieuse, L’Enigme de Givreuse, L’Etonnant Voyage de Hareton Ironcastle, et, bien entendu celui que vous allez lire : Les Navigateurs de l’Infini.
Ce roman est placé dans notre avenir immédiat, à l’époque suivant l’exploration de la Lune, au moment où commence l’ère des voyages interplanétaires entrepris par des appareils pilotés.
Les fusées qui employaient l’énergie chimique ont été remplacées par des éléments propulseurs utilisant des énergies supérieures à l’énergie chimique. C’est l’époque de la propulsion directe par champs.
La planète Mars que l’auteur nous décrit ressemble assez à la planète Mars de nos dernières découvertes, des photographies transmises à la Terre par des sondes Mariner. Très peu d’air, pas d’eau libre.
Quelque chose de « parallèle » n’est pas tout à fait semblable à la vie qui existe, quelque chose « en forme de vie » ou, comme le dit l’auteur, « zoomorphe ». Plus tard, les explorateurs découvrirent même des formes de vie à stature verticale, l’équivalent martien de l’humanité. L’ « humanité » martienne est décadente, à la fois parce que la planète est mourante et à cause d’une lutte contre les Zoomorphes. Les explorateurs terriens aideront les Martiens dans toute la mesure du possible, et des relations régulières s’établiront entre les deux planètes.
Sur cette trame rassurante, très loin de la « guerre des mondes » et des monstres de la science-fiction commerciale, Rosny a construit un roman extrêmement solide. Aussi bien les formes d’organisation de la matière et de l’énergie autres que la vie terrestre, que les intelligences non humaines, sont admirablement décrites. Les personnages humains sont vivants et attachants. C’est un modèle de science-fiction. (...)

Jacques Bergier


20.01.2009

Lettre de Pierre Daix à Jacques Bergier

Les_Lettres_Françaises_01.07.1949.jpgLettre de Pierre Daix à Jacques Bergier


LES LETTRES françaises
HEBDOMADAIRE LITTERAIRE ARTISTIQUE ET POLITIQUE

Paris. le 1/7/1949
37, rue du Louvre, Paris (2°)

Mon cher Jacques,

J'ai passé avec un peu de retard ta chronique sur les rayons cosmiques. Je m'en excuse. Mais maintenant j'ai beaucoup plus de place alors je voudrais bien que tu m'envoies quelques articles, de préférences avec des illustrations. La seule remarque que je voudrais te faire est que peut-être il faut davantage expliquer les choses pour un public qui décidément a tout à apprendre en ce qui concerne les matières scientifiques.

Cordialement

Pierre Daix

Voir aussi : Pierre Daix, de l'autobiographie à l'autocritique

10.01.2009

Historique de la SF du XIX eme siècle par Jacques Bergier

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Historique : le XIXe siècle

C’est perdre son temps que d’essayer de définir rigoureusement la science-fiction. Elle fait partie du fantastique, et il est difficile de l’en séparer. Pour faire la distinction dans chaque cas particulier, il être omniscient, connaître toutes les lois naturelles, savoir toujours ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Il est évident qu’un tel savoir n’est pas humain, et je n’y prétends pas. Cependant, avec un peu de bon sens, on peut proposer une définition. Un tel bon sens est d’ailleurs toujours nécessaire, lorsqu’on veut séparer quelques éléments de ce que les mathématiciens appellent un spectre continu. L’humoriste américain Charles Fort a défini d’une façon fort plaisante le genre de bon sens qui est nécessaire dans ces cas : « Il est évident qu’au niveau du microbe, la distinction entre un animal et une plante devient délicate. Mais au niveau du bon sens, cette distinction est facile : personne n’enverrait un bouquet d’hippopotame à sa fiancée. »
De même, personne n’enverrait un récit de science-fiction à une publication spécialisée dans les histoires de fantômes, ni, d’ailleurs, à une revue scientifique. Comme l’a fait très justement observer l’auteur de science-fiction anglais, Brian Adliss : « Les récits de science-fiction ne sont pas plus destinés à être lus par des savants que les histoires de fantômes ne sont destinées à être lues par des fantômes. »
Qu’est-ce donc qu’un récit de science-fiction ? Le terme science est de trop, et la désignation « technique-fiction » ou encore « invention-fiction »serait meilleure. Mais le terme science-fiction a été adopté, bien qu’il s’agisse presque toujours de récits où une invention nouvelle transforme le monde. Cela se passe souvent dans le présent, à l’époque où l’auteur vit et écrit. Cela se passe souvent dans l’avenir, ce qui permet à l’auteur de présenter tout un ensemble d’inventions, toute une société nouvelle transformée par la technique. Enfin, un récit de science-fiction peut également être placé dans le passé, ce qui exige, de la part de l’auteur, une extraordinaire ingéniosité. On peut citer comme exemple le livre du Français Jean d’Agraives : L’Aviateur de Bonaparte, où l’auteur attribue une partie des victoires de Napoléon à la possession secrète par l’Empereur d’un planeur propulsé par des fusées à poudre. C’est une invention qui aurait pu être faite à l’époque napoléonienne. Si elle avait été réalisée, mais tenue secrète, elle aurait en effet assuré une supériorité écrasante à son possesseur. L’Aviateur de Bonaparte est donc un récit de science-fiction. Par contre, les nombreux récits attribuant à Napoléon des pouvoirs occultes ou le mettant au bénéfice d’un pacte avec le diable, ne sont pas de la science-fiction mais du fantastique.
Les récits de science-fiction ainsi définis sont, bien entendu, vieux comme l’humanité. Léonard de Vinci en écrit, Kepler également. Voltaire, avec Micromégas, en écrit un, et il y avait à Paris, avant la Révolution, une collection régulière de romans de science-fiction qui a atteint le chiffre de vingt-huit volumes. Le XIXe siècle a évidemment continué cette veine traditionnelle avec Jules Verne notamment ; mais, en même temps, il a vu naître une nouvelle forme, que l’on pourrait appeler la science-fiction moderne.
Dans la science-fiction traditionnelle : Erkmann-Chatrian, Jules Verne, Edgar Poe, la merveilleuse invention est détruite à la fin, et n’a aucun effet sur la société. Personne ne saura comment marchait la lunette merveilleuse qui permettait de voir les âmes, dans Ekermann-Chatrian. Personne ne saura comment le Hans Pfaal d’Edgar Poe fabriqua un gaz plus léger que l’hydrogène, et put ainsi atteindre la Lune. Les secrets des inventeurs1 de Jules Verne périssent avec eux, sans avoir aucun effet sur la vie quotidienne, sur l’histoire, sur l’évolution des mœurs et de la société. C’est particulièrement vrai de l’automobile. De nombreux romanciers de science-fiction au XIXe siècle ont imaginé un véhicule sans chevaux propulsé soit par le moteur à explosion, soit par des moteurs électriques, avec des générateurs analogues à ce que nous appelons de nos jours la pile à combustible.
Mais ces automobiles (le mot est assez fréquemment employé) servent toujours à une aventure individuelle. L’inventeur fait le tour du monde en automobile, ou poursuit en automobile des bandits à cheval dans le Far West, ou traverse en automobile des pays lointains et inaccessibles, préfigurant ainsi des aventures réelles comme la Croisière noire et la Croisière jaune. Mais aucun auteur n’annonce une civilisation comme la nôtre, où la l’automobile tue plus de gens que la guerre, où les villes sont tellement embouteillées que les automobilistes, devenus enragés, sortent de leur voiture et s’entre-tuent, où des armées d’automobiles blindées, précédant une infanterie transportée en autocar jusqu’au lieu du combat, conquièrent des pays entiers.
Avant le XIXe siècle, on n’a pas vu de récit de science-fiction prédisant un changement complet du monde, changement qui allait pourtant se produire. C’est le grand mérite de la revue américaine Argosy, d’avoir lancé la science-fiction moderne dès 1880. Paraissant sous la forme d’un hebdomadaire assez épais de 116 pages, de 1880 à 1943, elle publia la science-fiction moderne presque dès sa naissance.
Le premier numéro d’Argosy parut en décembre 1882, le dernier, sous la forme qui nous intéresse, en septembre1943. C’est la date de décembre 1882 qui peut être retenue comme étant la date de naissance de la science-fiction moderne. C’est sur cet aspect science-fiction2 moderne au XIXe siècle que je désire insister.
Je saluerai donc simplement en passant les grands noms de Jules Verne et de Louis Jacolliot. Cet autre Français, moins connu que Jules Vernes, a écrit des ouvrages de science-fiction classique aussi remarquable que ceux de Jules Verne, et dont l’un, au moins, Les Mangeurs de Feu, mérite d’être retenu, car on y voit déjà décrit, en plein XIXe siècle, le principe de la désintégration totale de la matière, et de l’utilisation de son énergie, à la fois pour la propulsion des navires aériens et comme arme de destruction massive. Mais, là aussi, l’invention ne change rien au sort du monde, elle est utilisée seulement pour un règlement de compte entre individus.
Par contre la science-fiction de H. G. Wells, qui commençait à la fin du XIXe siècle à paraître dans les revues anglaises, comme Strand Magazine, et dans des revues américaines, envisageait déjà un changement total du monde, une intervention de la science et des techniques dans la vie individuelle. Certes, Wells restait encore prudent : dans La Machine à explorer le temps, dans Les Premiers Hommes dans la Lune, l’invention merveilleuse est détruite à la fin. Mais dans La Guerre des Mondes, et dans de nombreuses nouvelles, c’est la vie quotidienne qui est modifiée.
C’est homme de la rue, c’est M. Tout le monde, qui souffre de l’invasion des Martiens. C’est l’homme de la rue qui est la victime de l’écroulement de la civilisation dans La Cuirassés de Terre.
George Griffith, contemporain de Wells, avait plus d’audace encore que Wells, sans avoir son génie. Dans ses romans : Les Hors-la-Loi de l’air, L’Ange de l’Anarchie, Olga Romanoff, le monde est réellement changé. Des batailles aériennes se livrent au-dessus de Londres, comme en 1940 ; des fusées en plastique parcourent le ciel ; le blocus sous-marin et la guerre sous-marine à outrance font leur apparition, de nouvelles sources d’énergie transforment la société ; la classe ouvrière se révolte. Griffith est injustement oublié. Comme beaucoup d’auteurs de son époque d’ailleurs. Il a fallut la patientes recherches de l’érudit américain Sam Moscowitz, aboutissant en 1968, à son anthologie : La Science-Fiction à la Lumière d’un Bec de Gaz, pour faire découvrir au grand public la science-fiction anglo-américaine de cette fin de XIXe siècle où le genre commençait réellement à naître.
En France, des auteurs que l’on considère injustement comme réservés à la jeunesse, tels Louis Boussenard et Paul d’Ivoi, faisaient également, à la fin du XIXe siècle, de la science-fiction moderne.
Dès 1889, Louis Boussenard, dans L’enfer de Glace, prévoit un élément chimique nouveau se trouvant dans les colonnes vides du tableau périodique de Mendeleïev, et imagine même une nouvelle forme de résonance magnétique qui permet à cet élément d’indiquer la présence de l’or à des distances considérables. Dans d’autres livres, il utilisera les travaux de Gustave Le Bon pour prédire l’énergie atomique.
Mais le grand homme du XIXe siècle, celui qui donna naissance à la théorie d’Einstein et qui influença de très grands savants, est indiscutablement l’Allemand Kurt Lasswitz. Je tiens du professeur Simon, l’éminent savant allemand, qui a bien connu Einstein, et que j’ai rencontré à Oxford, l’information que la nouvelle de Kurt Lasswitz : Le Diable qui emporta le professeur, a beaucoup impressionné Einstein et l’a conduit à l’idée que la vitesse de la lumière était constante et indépendante de la vitesse de la source ou de celle de l’observateur. Mais le plus grand mérite de Lasswitz réside dans la publication, en 1887, de son roman Sur Deux Planètes. Ce roman contient l’idée de l’antigravitation, l’idée de satellite artificiel, l’idée de l’exploration de l’espace. Il a influencé tous les pionniers de l’espace. Tsiolkovski, Goddard, von Braun, à tel point qu’on peut considérer et qu’on considère à juste de titre Lasswitz comme le père de l’astronautique moderne. Le livre Sur Deux Planètes donne aussi des descriptions détaillées des civilisations futures et du changement total qui pourra se produire dans notre civilisation, si nous prenons contact avec d’autres intelligences.
Sur Deux Planètes était un des livres favoris de lénine. Il le cite souvent, et il a certainement beaucoup contribué à la formation de sa pensée. Wells comme Lasswitz furent à la fois intellectuels et populaires. Le XIXe siècle a également vu naître dans Argosy, dans des livraisons populaires à fascicules, et dans des revues pour la jeunesse, anglaises surtout, une floraison de science-fiction populaire. Un jeune Américain de seize ans, qui écrivait sous le pseudonyme de Lu Senarsens, s’y est particulièrement distingué. Beaucoup d’Américains ont appris à lire dans les fascicules de Lu Senarsens, et se sont ainsi trouvés plongés dans le monde des fusées lunaires, de télévision, d’hélicoptères, de sous-marins roulant sur le fond de la mer, un monde bien proche du nôtre. Beaucoup d’historiens américains insistent sur l’influence de ces épopées populaires, sur la vague d’inventions et de méthodes industrielles, qui a abouti à la suprématie actuelle des Etats-Unis, et à ce que Jean-Jacques Servan-Schreiber a appelé le « défi américain ». Quoi qu’il en soit, la science-fiction nouvelle, décrivant l’effet social des sciences et des techniques, infiniment plus audacieuse que celle de Jules Verne, était née. Elle devait conquérir le monde.

06.01.2009

ASSOCIATION des RESCAPES de MONTLUC

ASSOCIATION des RESCAPES de MONTLUC.jpgASSOCIATION des RESCAPES
de MONTLUC
Section Ile de France
Paris, le 2 mars 1948


Mon Cher Camarade

Nous avons décidé, au cours de notre dernière rencontre, de nous réunir en un banquet qui aura lieu le Vendredi 12 mars à 20 heures à la Brasserie Schmitz : 55, Avenue de la Motte-Picquet PARIS – (métro de La Motte-Picquet ou Ecole Militaire).

Le prix du repas est fixé à 400 francs par personne. Nous vous prions de bien vouloir téléphoner (BAL. 02 – 47 ou écrire au Président pour vous inscrire ; mais afin de simplifier, il est inutile d’envoyer les fonds : vous pourrez payer en arrivant.

Nous vous rappelons que vous pouvez venir à nos banquets accompagnés de parents et amis n’ayant pas connu le séjour de Montluc. Indiquez-nous seulement d’avance combien vous serez pour que nous donnions des ordres en conséquence.

Notre ami Jacques Bergier, chroniqueur scientifique de la Tribune des Nations, des Lettres Françaises et d’Action, chroniqueur militaire à France d’abord parlera de la « structure économique de la galère concentrationnaire ».

A Bientôt
Le Président
Roger Marla

P.S.
Si vous avez connu Jacques KRAMKINEL, dit Daniel – âgé de 21 ans, commissaire aux effectifs des F.T.P.M.O.I. de la Régon Lyonnaise, arrêté le 17 juillet 1944 é Lyon, interné à MONTLUC probablement à la « Baraque », supposé fusillé, veuillez le faire connaître au Siège : 32, rue de la Penthièvre – Paris (VIII e).

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