24 Heures

21.03.2009

Frankenstein I Jacques Bergier

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(...) Walter Scott écrivit dans le Blackwood’s Edinburgh Magazine de mars 1818 : L’auteur semble posséder une imagination poétique d’un pouvoir peu commun… Ce n’est pas un mince mérite à nos yeux que l’histoire soit écrite en un anglais simple et direct, dénué des germanismes habituels à ces sortes de contes… Dans son ensemble, cet ouvrage nous donne une haute idée du génie original de la romancière et de son heureux pouvoir d’expression. Nous conseillons vivement à nos lecteurs cet ouvrage qui suscitera réflexions inédites et émotions inépuisables.

Le succès anglais de 1818 fut suivi par celui de l’édition française en 1821, puis des traductions dans toutes les langues européennes suivirent.
Mary Shelley devait écrire d’autres romans fantastiques et en particulier Le dernier Homme en 1826. Celui-ci n’a pas eu le succès de Frankenstein.

Elle mourut le 1er février 1851 ; elle avait eu le temps de voir se développer l’électricité, la chimie et l’usage de la vapeur. Frankenstein devait lui paraître plus plausible dans ses derniers jours.

La base scientifique de Frankenstein a été tirée visiblement de l’œuvre d’Erasme Darwin, ancêtre de la théorie de l’évolution et savant excentrique, rappelant beaucoup le personnage de Jules Verne.

La trame du récit, par contre, est tirée de la tragédie antique. Victor Frankenstein est poursuivi par le monstre comme les héros de la tragédie grecque étaient poursuivis par les Furies. Le thème devait être souvent repris. La meilleure réussite dans le genre est la nouvelle de Henry Kuttener et C.L. Moore : La machine à deux mains. On y voit une poursuite par une Furie mécanique qui est réellement digne de Frankenstein. Ce qui restera aussi dans Frankenstein, c’est probablement le premier éloge de la chimie que l’on trouve dans la littérature : Après avoir fait quelques expériences, il termina par un panégyrique de la chimie moderne dont je n’oublierai jamais les termes.

Les anciens maîtres de cette science, dit-il, promettaient des choses impossibles et n’accomplissaient rien. Les maîtres modernes promettent peu ; ils savent que les métaux ne peuvent être transformés et que l’élixir de vie est une chimère. Mais ces philosophes, dont les mains ne semblent être faites que pour tremper dans la boue et les yeux pour être collés au microscope ou penchés sur un creuset, ont vraiment fait des miracles. Ils ont pénétré les mystères de la nature et montré comme elle travaille dans ses replis, les plus secrets. Ils montent jusqu’aux cieux, ils ont découvert le secret de la circulation du sang et la composition de l’air que nous respirons. Ils ont acquis des pouvoirs nouveaux et presque illimités, ils peuvent commander la foudre du ciel, imiter le tremblement de terre et même se moquer du monde invisible en se servant de ses propres ombres.

Balzac qui se passionnaient tellement pour les merveilles de la chimie, avaient-ils lu Frankenstein ? Je n’en trouve pas la preuve absolue, mais cela paraît probable. On trouve des échos de Frankenstein aussi bien dans le roman Le Centenaire que Balzac écrivit sous le nom de Saint-Aubin que dans que dans l’élixir de longue vie et La recherche de l’absolu. Frankenstein inspira beaucoup un grand écrivain anglais, Sheridan Le Fanu, à qui j’emprunte la définition qui me paraît excellente :
C’est un récit où s’ouvrent des portes qui auraient dû rester fermées et où le mortel et l’immortel font prématurément connaissance.

Jacques Bergier


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Commentaires

Oh, Patrick, j'ai publié moi-même plusieurs articles (dans la presse locale) sur "Frankenstein", parce qu'il se passe en grande partie en Haute-Savoie, au Salève et sur la Mer de Glace, ainsi qu'à Evian. D'abord, le Genevois Victor Frankenstein découvre à Thonon un ouvrage de Cornélius Agrippa, un médecin occultiste du duc de Savoie Charles III et qui vécut aussi à Genève plusieurs années. On peut lire aussi un article à moi ici : http://www.sfmag.net/article.php3?id_article=2288 . Bientôt, je publierai un livre sur les écrivains de Bonneville au mont Blanc, et des extraits et des commentaires du roman de Mary Shelley seront présents. Sinon, tout est bon, dans ce que dit Bergier, mais Mary Shelley fait dire à son personnage qu'il ne dira rien du procédé qu'il a utilisé, et qu'il veut qu'il reste mystérieux. Les recherches sur l'électricité sont donc un rapprochement possible, mais pas certain. On en parle aussi parce qu'on est influencé par les films, qui ont été faits après la découverte de l'électricité et "L'Eve future", de Villiers de l'Isle-Adam, qui parle explicitement de l'électricité. Cela dit, "Frankenstein" est probablement lié aux forces de l'air, qu'on a appris à maîtriser au XIXe siècle, notamment en Angleterre. Mais aussi ailleurs. Cela a pour moi un lien avec le magnétisme animal: Mesmer. Cela avait eu beaucoup de succès, à la fin du XVIIIe siècle. A rapprocher donc du "Horla", de Maupassant !

Ecrit par : Rémi Mogenet | 21.03.2009

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