24 Heures

26.11.2008

Texte hommage de Janine Modlinger

janine.jpg Paroles pour Jacques Bergier. C’est une grande chance, dans une vie, de rencontrer, au seuil de l’âge adulte, quelqu’un qui soit pour vous une sorte de modèle d’humanité.

Cela a été ma chance d’être la secrétaire de Jacques Bergier, c'est-à-dire, de vivre et j’insiste sur ce mot – à côté de lui, jour après jour, année après année.

Vivre auprès de lui, c'est-à-dire sans qu’il n’ait jamais donné la moindre leçon de morale, le moindre précepte, mais simplement cela : en l’observant, en le regardant vivre : un exemple. Une humanité enrichie, approfondie, ayant atteint l’essentiel : la bonté, l’ultime bonté.

Revenu du camp de concentration de Mauthausen, ayant été torturé, ayant vu la face la plus terrifiante de l’humain, un homme peut en revenir aigri et méchant.

Jacques Bergier a métamorphosé la haine reçue en bonté pour autrui. Vivre et côtoyer sa bonté, sa compréhension intime des choses, sa pudeur, c’est la bénédiction que j’ai reçue de lui et pour laquelle je remercie tout au long de ma vie.

Un jour, je suis arrivée dans notre bureau. Je traversais un moment difficile. Bien sûr je n’ai pas dit un mot é ce sujet. Mais Jacques Bergier, en silence, a tout vu, tout compris. A la fin de notre séance de travail – et ce sera la seule et unique fois – avec sa voix chaude et bienveillante, il m’a récité, les larmes aux yeux, un poème de Kipling.

Pour me réconforter, pour me faire comprendre, en silence, combien il est proche, et qu’il a tout vu et tout compris de mon état.

Compassion, proximité silencieuse, pudeur, humilité devant autrui. Voici la leçon de vie de Jacques Bergier, pour moi, pour nous tous.

Janine Modlinger fut la secrétaire de Jacques Bergier de 1970 jusqu'à sa disparition.
Amie de Georges Haldas, aujourd'hui elle écrit et enseigne...