25.04.2009
Lutte avec la Nuit William Sloane par Jacques Bergier

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Son nom est pourtant resté célèbre, aussi bien dans les milieux de la science-fiction qu’en littérature tout court.
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Cela est dû au fait que, dans ces deux livres, il transporte dans notre monde, et en utilisant le vocabulaire de la science, deux mythes éternels. Dans Lutte avec la Nuit, c’est le mythe de la femme supérieure différente, de la princesse venue d’ailleurs, et aussi de la sirène des contes de fées. Dans La Rive interdite, c’est le mythe d’Orphée allant chercher Eurydice. Le grand psychologue suisse C.G. Jung s’est beaucoup intéressé à Lutte avec la Nuit, et il a reconnu que ce livre l’a beaucoup aidé dans la formulation de son concept de l’ « anima ».
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C’est son certainement son extraordinaire sens de la poésie qui fait de Sloane l’incomparable écrivain qu’il est.
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Mais il n’est peut-être pas inutile, car l’auteur ne rentre pas dans les détails, d’expliquer un peu ce qu’est la théorie du temps sériel à laquelle il fait allusion.
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Cette théorie est due à l’ingénieur anglais J.W. Dunne. Il l’a exposée dans plusieurs livres, et notamment dans Le Temps et le Rêve, paru en français aux Editions du Seuil.
Dunne était surtout un aérodynamicien, et on lui doit en particulier l’invention du biplan.
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S’il en est venu à inventer une nouvelle théorie du temps, c’est qu’il s’est aperçu, sur une période d’un quart de siècle, allant de 1905 à 1930, qu’il faisait des rêves prophétiques. Ces rêves se sont vérifiés avec une telle précision qu’il est extrêmement difficile de parler de coïncidences. Dunne, prévit en 1908 le bombardement de la petite ville anglaise de Lowestoft par des unités de la flotte allemande. Ce bombardement a eu lieu en 1914.
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Dunne se pencha sur le problème, et il lui sembla qu’il avait besoin, pour expliquer ses voyages mentaux dans le temps, d’un second temps mesurant la vitesse d’écoulement du premier. Mais dans ces conditions, il n’y a pas de raison pour qu’il n’y ait pas un troisième temps mesurant l’écoulement du deuxième et ainsi de suite…
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Dans ces conditions, la variable temps ne serait pas représentée, à un instant donné, par un nombre, mais par une série. D’où la désignation de temps sériel(...) .
Noubliez pas le livre hommage de Jacques Bergier
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21.03.2009
Frankenstein I Jacques Bergier

Le succès anglais de 1818 fut suivi par celui de l’édition française en 1821, puis des traductions dans toutes les langues européennes suivirent.
Mary Shelley devait écrire d’autres romans fantastiques et en particulier Le dernier Homme en 1826. Celui-ci n’a pas eu le succès de Frankenstein.
Elle mourut le 1er février 1851 ; elle avait eu le temps de voir se développer l’électricité, la chimie et l’usage de la vapeur. Frankenstein devait lui paraître plus plausible dans ses derniers jours.
La base scientifique de Frankenstein a été tirée visiblement de l’œuvre d’Erasme Darwin, ancêtre de la théorie de l’évolution et savant excentrique, rappelant beaucoup le personnage de Jules Verne.
La trame du récit, par contre, est tirée de la tragédie antique. Victor Frankenstein est poursuivi par le monstre comme les héros de la tragédie grecque étaient poursuivis par les Furies. Le thème devait être souvent repris. La meilleure réussite dans le genre est la nouvelle de Henry Kuttener et C.L. Moore : La machine à deux mains. On y voit une poursuite par une Furie mécanique qui est réellement digne de Frankenstein. Ce qui restera aussi dans Frankenstein, c’est probablement le premier éloge de la chimie que l’on trouve dans la littérature : Après avoir fait quelques expériences, il termina par un panégyrique de la chimie moderne dont je n’oublierai jamais les termes.
Les anciens maîtres de cette science, dit-il, promettaient des choses impossibles et n’accomplissaient rien. Les maîtres modernes promettent peu ; ils savent que les métaux ne peuvent être transformés et que l’élixir de vie est une chimère. Mais ces philosophes, dont les mains ne semblent être faites que pour tremper dans la boue et les yeux pour être collés au microscope ou penchés sur un creuset, ont vraiment fait des miracles. Ils ont pénétré les mystères de la nature et montré comme elle travaille dans ses replis, les plus secrets. Ils montent jusqu’aux cieux, ils ont découvert le secret de la circulation du sang et la composition de l’air que nous respirons. Ils ont acquis des pouvoirs nouveaux et presque illimités, ils peuvent commander la foudre du ciel, imiter le tremblement de terre et même se moquer du monde invisible en se servant de ses propres ombres.
Balzac qui se passionnaient tellement pour les merveilles de la chimie, avaient-ils lu Frankenstein ? Je n’en trouve pas la preuve absolue, mais cela paraît probable. On trouve des échos de Frankenstein aussi bien dans le roman Le Centenaire que Balzac écrivit sous le nom de Saint-Aubin que dans que dans l’élixir de longue vie et La recherche de l’absolu. Frankenstein inspira beaucoup un grand écrivain anglais, Sheridan Le Fanu, à qui j’emprunte la définition qui me paraît excellente :
C’est un récit où s’ouvrent des portes qui auraient dû rester fermées et où le mortel et l’immortel font prématurément connaissance.
Jacques Bergier
Association Jacques Bergier
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11.03.2009
Le monde perdu, Sir arthur Conan Doyle

Les naïfs complets qui croient à tout sont aussi rares que les rationalistes rigoureux qui ne croient en rien. L’homme normal a, à la fois, besoin de raison et besoin d’évasion. Le grand psychologue suisse C.G. Jung appelait le fantastique : « Les vitamines de l’âme. »
Conan Doyle s’est manifesté d’abord par l’aspect rigoureux des aventures de Sherlock Holmes. Ces aventures l’ont rendu célèbre et on fait sa fortune. Elles ont intéressé des centaines de millions de lecteurs, dans le monde, à une branche de la logique formelle, que Conan Doyle appelle à tort la déduction, et qui est en réalité l’induction. Conan Doyle a dit lui-même que Sherlock Holmes n’était autre que son créateur. Et, en effet, Conan Doyle lui-même effectua avec succès des enquêtes policières et contribua à la libération d’innocents injustement condamnés. Voilà pour l’aspect logique.
Mais il avait dans Conan Doyle un autre aspect, qui la conduit à la fin de sa vie à s’intéresser au spiritisme, et, dès le commencement de sa vie, à écrire des contes fantastiques ou de science-fiction.
Entre les deux, de 1910 à sa mort, il s’intéressa vivement à la science-fiction comme forme d’expression littéraire. Il avait voulu devenir romancier réaliste, et n’y est pas arrivé. Il avait parfaitement réussi comme romancier historique. Il avait lu Jules Vernes et Wells et estimait pouvoir faire mieux. En 1910, il écrivit Le Monde perdu. C’était un roman de science-fiction où l’auteur imaginait que sur un plateau perdu d’Amérique du sud, les animaux géants de la préhistoire vivaient encore. Le livre eut un prodigieux succès, pas tellement en faveur en raison des qualités romanesques, qui étaient pourtant excellentes, mais à cause de l’étonnante personnalité du personnage central, le professeur Challenger. Copié sur l’irascible physicien Rutherford, le père de l’atome, Challenger était un personnage prodigieux, plus grand que la vie, projetant sa personnalité hors du livre. On le vit reparaître dans Le Ciel empoisonné, La Machine à désintégrer, L’Homme qui fit hurler le monde, Le Pays des Brumes. Puis Conan Doyle s’en lassa et créa, en 1927, le professeur Maracot. Contrairement à Challenger, Maracot n’est pas coléreux, n’assomme pas de journalistes et ne provoque pas d’affolement. Mais il a une personnalité plus profonde et peut-être plus extraordinaire. C’est un grand zoologiste spécialisé dans les poissons, mais il ajoute à sa spécialisation une culture générale et une élévation morale qui lui permettront, à la fin du livre, de se poser en porte-parole de l’humanité. (...)
Jacques Bergier
Contact: P.Clot
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08.03.2009
Plus noir que vous ne pensez
Jack Williamson et Will Stewart.Il est né le 29 avril 1908 à Bisbee, Arizona (Etats-Unis). Il a passé toute sa jeunesse dans un ranch peu romantique, parce que très pauvre. Il poursuivit des études dans un lycée d’abord, à l’Université ensuite, fit la guerre dans les services météorologiques de l’armée américaine, puis passa un doctorat avec comme sujet : « H. G. Wells et la critique du progrès. » Il enseigne actuellement la littérature anglaise et la philosophie à Eastern New Mexico University. Il rêva d’écrire de la science-fiction dès l’âge de huit ans. A vingt ans, son rêve se réalisa : Amazing Stories publia une nouvelle de lui : « l’homme de métal. » Il continua ensuite avec succès, jusqu’à la réalisation du rêve de tout écrivain américain : être publié dans Argosy. Ce rêve se réalisa dans le numéro du 25 février 1939, avec une nouvelle : « En avion jusqu’à Mars. »
Il passa assez rapidement au roman, dont un grand nombre devaient être traduits en français, comme on le verra par la bibliographie accompagnant cette préface.
Le premier date de 1929 et s’appelle Une Autre Intelligence. Le plus récent, datant de 1968, s’appelle Un Univers étincelant et nouveau. La série qui a atteint le plus grand succès commercial est – Williamson le reconnaît lui-même – un pastiche des Trois Mousquetaires transposé dans l’espace cosmique. Les trois titres de cette série sont : La Légion de l’Espace, Les Cométaires, Seul contre la Légion.
Une fois le succès commercial venu, Williamason s’intéressa à des problèmes plus sérieux.
D’abord au problème du temps.
Dans la Légion du Temps, Williamason renouvela complètement le sujet, devenu classique, de la machine à voyager dans le temps. En empruntant des idées à la physique, et notamment à la théorie des quanta, Williamson fut le premier à émettre l’idée qu’un voyageur, partant du présent vers le futur, n’arriverait pas dans le futur, mais dans un futur, un des futurs possibles qui peuvent se réaliser. Il dit de son personnage principal : « Sa vie était un noir corridor, et le présent était une torche qu’il portait devant lui. »
Il existe peu d’ouvrages de science-fiction aussi riches à la fois en idées nouvelles et scientifiquement exactes, et en poésie.
Dix ans plus tard, en 1947, Williamason, dans Les Humanoïdes s’attaquait à un problème plus proche de nous : celui de l’automation et celui des loisirs et de la liberté. Il imagine un monde où des machines extrêmement bien organisées font tout le travail. Ces machines sont parfaitement bienveillantes. Ce ne sont pas du tout des robots devenus fous de science-fiction classique. Mais leur bienveillance même étouffe l’homme.
Les machines lui arrachent une cigarette de la bouche, puisque les cigarettes causent le cancer, et qu’il faut protéger l’homme. Elles empêchent les hommes et les femmes de skier, puisqu’ils pourraient avoir des accidents. Et ainsi de suite… un bonheur stérile, un bonheur sans espoir, auquel les hommes échappent finalement. Car, si leurs machines bienveillantes les paralysent, il leur reste l’esprit, et l’esprit peut tout. C’est un livre extrêmement profond, et qui pose des problèmes qui ne sont pas encore résolus. Nous allons vers l’ère de l’automatisation totale dont parle Williamson, et, de l’avis même des plus grands spécialistes, le livre de Williamson est un avertissement dont on devra tenir le plus grand compte.
Sous le pseudonyme de Will Stewart, Williamson s’intéressa au problème de l’antimatière. Les progrès de la physique ont maintenant confirmé ses idées, et l’on pense généralement que l’antimatière existe dans l’univers. Jusqu’à présent, on n’a pas réussi à en fabriquer, bien qu’on ait réalisé en laboratoire des antiparticules et les antinoyaux. Comme Williamson l’avait prévu, l’antimatière se détruit au contact de la matière, en libérant d’immenses quantités d’énergie. Les romans de Williamson sur l’antimatière ont inspiré beaucoup de scientifiques et constituent une excellente série d’aventures spatiales.
C’est en décembre 1940 qu’une version abrégée de, Plus noir que vous ne le pensez, a paru dans la revue américaine Unknow.
Jacques Bergier
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30.01.2009
Stanislas Lem - Solaris

Il est profondément pessimiste. Ce pessimisme peut évidemment être dû en grande partie à la situation politique en Pologne. Mais je pense qu’il s’agit d’un pessimisme beaucoup plus profond, intemporel. Lem est un homme à la recherche d’une religion, et je pense qu’il ne peut l’avouer, même à lui-même.
Ce pessimisme, d’ailleurs, ne lui fait pas perdre son sens de l’humour. Un de ses livres est dédié par le petit texte que voici : « Personne ne m’a aidé à faire ce livre. Quant au gens qui ont essayé de m’empêcher de travailler, ils sont trop nombreux pour être tous cités. »
Lem est certainement un des auteurs les plus graves, le plus profond de la science-fiction moderne. Il pose des problèmes essentiels, méritant la plus profonde réflexion.
Voici ce qui est posé dans le livre que vous allez lire. La théorie moderne sur l’origine de la vie est celle-ci : dans les océans à la surface de la Terre, il s’est formé des substances préparant la vie est celle-ci : dans les océans à la surface de la Terre, il s’est formé des substances préparant la vie. C’est ce que le biologiste anglais J.B.S. Haldane a appelé une « soupe vivante » Cette « soupe vivante » s’est ensuite séparée en gouttelettes qu’on appelle les coacervats. Ces gouttelettes se sont ensuite transformées en cellules, et ensuite, dans un laps de temps comprenant des milliards d’années, se sont formés les organismes à plusieurs cellules, aboutissant finalement à l’homme.
Lem suppose une planète où les coacervats ne sont pas séparés, mais où tout l’océan est devenu vivant, puis intelligent. Une telle intelligence nous dépasse, évidemment, comme nous-même dépassons en intelligence les virus et les bactéries. C’est cette planète imaginaire que Lem appelle Solaris.
Solaris tourne autour d’une étoile autre que notre Soleil. Les hommes du futur la découvrent et constatent que c’est une planète qui corrige sa trajectoire autour de son étoile d’une façon qui prouve l’existence d’une haute intelligence. Ils débarquent à la surface de Solaris, installent des satellites artificiels et essaient d’abord de communiquer et ensuite de comprendre les activités du système intelligent, de l’océan intelligent, qui recouvre entièrement Solaris.
Et ils constatent que ce problème de communication est extrêmement difficile. Des deux côtés, la bonne volonté ne manque pas. Mais la distance intellectuelle est énorme, plus grande encore que celle qui sépare l’homme du virus. A la fin du livre, le problème n’est toujours pas résolu. Mais, à travers une intrigue passionnante, le lecteur aura découvert les vraies difficultés de la communication, et il aura appris à réfléchir à beaucoup d’aspects de la vie qui, normalement, ne l’auront pas frappé.
Car tous les problèmes sont essentiellement des problèmes de communication.
Solaris est entièrement au-dessus des naïves histoires de la science-fiction, où l’on rencontre des extra-terrestres, et où on communique immédiatement avec eux. Il dépasse ces histoires, comme la machine destinée à débarquer dans la Lune, et qui par une curieuse coïncidence, s’appelle aussi LEM (Lunar Experimental Module) dépasse l’obus de Jules Verne.
Tous les ouvrages de Lem posent des problèmes de ce genre, et proposent souvent des solutions extraordinaires.
Lem est profondément sceptique sur le postulat fondamental, rarement exprimé, qui est à la base de toute science. Ce postulat est celui-ci : l’homme est capable de tout comprendre.
Pour Lem, c’est inexact. On arrivera à rencontrer dans l’univers, et peut-être sur Terre, des évènements, des êtres et des objets absolument incompréhensibles parce qu’au-delà du rayon d’action de notre imagination.
Lem rejoint là J.B.S. Haldane, qui a écrit : « L’univers est non seulement plus bizarre qu’il ne ‘paraît. Il est plus bizarre que tout ce que nous pouvons imaginer. » Des idées analogues ont été émises assez récemment par le savant français Pierre Auger. (...)
06:32 Publié dans Science-fiction | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
26.01.2009
Les Navigateurs de l’Infini - Rosny Aîné

Il devint un écrivain « classique » ayant réussi, président de L’Académie Goncourt, personnage très important des milieux littéraires.
Pourtant l’histoire littéraire le retiendra surtout pour un roman génial de science-fiction, qui s’appelle La Guerre du Feu. La Guerre du Feu est paru en 1911. Un million et demi d’exemplaires ont été vendu depuis, en France seulement. L’ouvrage est traduit en douze langues. C’est un chef-d’œuvre. On y voit ressuscité l’homme préhistorique comme jamais aucun écrivain n’avait réussi à le faire revivre devant nous, et comme jamais aucun écrivain n’y a réussi depuis.
Rosny écrivit d’autres romans préhistoriques : Vamireh, Eyrimah, Helgorv du Fleuve Bleu. Ce dernier eut l’honneur d’être publié en traduction anglaise dans la célèbre revue Argosy.
Puis Rosny commença à s’intéresser à une science-fiction plus futuriste, et fondée davantage sur les grandes découvertes de la science. Il était l’ami de Jean Perrin, de Paul Langevin, d’Emile Borel, de Georges Urbain. Ces grands savants le conseillaient dans son travail d’auteur de science-fiction ; c’est pour cette raison que les romans de science-fiction de J.-H. Rosny aîné sont à la fois rigoureux et audacieux. Parmi ces œuvres, il faut citer en particulier : La Force mystérieuse, L’Enigme de Givreuse, L’Etonnant Voyage de Hareton Ironcastle, et, bien entendu celui que vous allez lire : Les Navigateurs de l’Infini.
Ce roman est placé dans notre avenir immédiat, à l’époque suivant l’exploration de la Lune, au moment où commence l’ère des voyages interplanétaires entrepris par des appareils pilotés.
Les fusées qui employaient l’énergie chimique ont été remplacées par des éléments propulseurs utilisant des énergies supérieures à l’énergie chimique. C’est l’époque de la propulsion directe par champs.
La planète Mars que l’auteur nous décrit ressemble assez à la planète Mars de nos dernières découvertes, des photographies transmises à la Terre par des sondes Mariner. Très peu d’air, pas d’eau libre.
Quelque chose de « parallèle » n’est pas tout à fait semblable à la vie qui existe, quelque chose « en forme de vie » ou, comme le dit l’auteur, « zoomorphe ». Plus tard, les explorateurs découvrirent même des formes de vie à stature verticale, l’équivalent martien de l’humanité. L’ « humanité » martienne est décadente, à la fois parce que la planète est mourante et à cause d’une lutte contre les Zoomorphes. Les explorateurs terriens aideront les Martiens dans toute la mesure du possible, et des relations régulières s’établiront entre les deux planètes.
Sur cette trame rassurante, très loin de la « guerre des mondes » et des monstres de la science-fiction commerciale, Rosny a construit un roman extrêmement solide. Aussi bien les formes d’organisation de la matière et de l’énergie autres que la vie terrestre, que les intelligences non humaines, sont admirablement décrites. Les personnages humains sont vivants et attachants. C’est un modèle de science-fiction. (...)
Jacques Bergier
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10.01.2009
Historique de la SF du XIX eme siècle par Jacques Bergier

C’est perdre son temps que d’essayer de définir rigoureusement la science-fiction. Elle fait partie du fantastique, et il est difficile de l’en séparer. Pour faire la distinction dans chaque cas particulier, il être omniscient, connaître toutes les lois naturelles, savoir toujours ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Il est évident qu’un tel savoir n’est pas humain, et je n’y prétends pas. Cependant, avec un peu de bon sens, on peut proposer une définition. Un tel bon sens est d’ailleurs toujours nécessaire, lorsqu’on veut séparer quelques éléments de ce que les mathématiciens appellent un spectre continu. L’humoriste américain Charles Fort a défini d’une façon fort plaisante le genre de bon sens qui est nécessaire dans ces cas : « Il est évident qu’au niveau du microbe, la distinction entre un animal et une plante devient délicate. Mais au niveau du bon sens, cette distinction est facile : personne n’enverrait un bouquet d’hippopotame à sa fiancée. »
De même, personne n’enverrait un récit de science-fiction à une publication spécialisée dans les histoires de fantômes, ni, d’ailleurs, à une revue scientifique. Comme l’a fait très justement observer l’auteur de science-fiction anglais, Brian Adliss : « Les récits de science-fiction ne sont pas plus destinés à être lus par des savants que les histoires de fantômes ne sont destinées à être lues par des fantômes. »
Qu’est-ce donc qu’un récit de science-fiction ? Le terme science est de trop, et la désignation « technique-fiction » ou encore « invention-fiction »serait meilleure. Mais le terme science-fiction a été adopté, bien qu’il s’agisse presque toujours de récits où une invention nouvelle transforme le monde. Cela se passe souvent dans le présent, à l’époque où l’auteur vit et écrit. Cela se passe souvent dans l’avenir, ce qui permet à l’auteur de présenter tout un ensemble d’inventions, toute une société nouvelle transformée par la technique. Enfin, un récit de science-fiction peut également être placé dans le passé, ce qui exige, de la part de l’auteur, une extraordinaire ingéniosité. On peut citer comme exemple le livre du Français Jean d’Agraives : L’Aviateur de Bonaparte, où l’auteur attribue une partie des victoires de Napoléon à la possession secrète par l’Empereur d’un planeur propulsé par des fusées à poudre. C’est une invention qui aurait pu être faite à l’époque napoléonienne. Si elle avait été réalisée, mais tenue secrète, elle aurait en effet assuré une supériorité écrasante à son possesseur. L’Aviateur de Bonaparte est donc un récit de science-fiction. Par contre, les nombreux récits attribuant à Napoléon des pouvoirs occultes ou le mettant au bénéfice d’un pacte avec le diable, ne sont pas de la science-fiction mais du fantastique.
Les récits de science-fiction ainsi définis sont, bien entendu, vieux comme l’humanité. Léonard de Vinci en écrit, Kepler également. Voltaire, avec Micromégas, en écrit un, et il y avait à Paris, avant la Révolution, une collection régulière de romans de science-fiction qui a atteint le chiffre de vingt-huit volumes. Le XIXe siècle a évidemment continué cette veine traditionnelle avec Jules Verne notamment ; mais, en même temps, il a vu naître une nouvelle forme, que l’on pourrait appeler la science-fiction moderne.
Dans la science-fiction traditionnelle : Erkmann-Chatrian, Jules Verne, Edgar Poe, la merveilleuse invention est détruite à la fin, et n’a aucun effet sur la société. Personne ne saura comment marchait la lunette merveilleuse qui permettait de voir les âmes, dans Ekermann-Chatrian. Personne ne saura comment le Hans Pfaal d’Edgar Poe fabriqua un gaz plus léger que l’hydrogène, et put ainsi atteindre la Lune. Les secrets des inventeurs1 de Jules Verne périssent avec eux, sans avoir aucun effet sur la vie quotidienne, sur l’histoire, sur l’évolution des mœurs et de la société. C’est particulièrement vrai de l’automobile. De nombreux romanciers de science-fiction au XIXe siècle ont imaginé un véhicule sans chevaux propulsé soit par le moteur à explosion, soit par des moteurs électriques, avec des générateurs analogues à ce que nous appelons de nos jours la pile à combustible.
Mais ces automobiles (le mot est assez fréquemment employé) servent toujours à une aventure individuelle. L’inventeur fait le tour du monde en automobile, ou poursuit en automobile des bandits à cheval dans le Far West, ou traverse en automobile des pays lointains et inaccessibles, préfigurant ainsi des aventures réelles comme la Croisière noire et la Croisière jaune. Mais aucun auteur n’annonce une civilisation comme la nôtre, où la l’automobile tue plus de gens que la guerre, où les villes sont tellement embouteillées que les automobilistes, devenus enragés, sortent de leur voiture et s’entre-tuent, où des armées d’automobiles blindées, précédant une infanterie transportée en autocar jusqu’au lieu du combat, conquièrent des pays entiers.
Avant le XIXe siècle, on n’a pas vu de récit de science-fiction prédisant un changement complet du monde, changement qui allait pourtant se produire. C’est le grand mérite de la revue américaine Argosy, d’avoir lancé la science-fiction moderne dès 1880. Paraissant sous la forme d’un hebdomadaire assez épais de 116 pages, de 1880 à 1943, elle publia la science-fiction moderne presque dès sa naissance.
Le premier numéro d’Argosy parut en décembre 1882, le dernier, sous la forme qui nous intéresse, en septembre1943. C’est la date de décembre 1882 qui peut être retenue comme étant la date de naissance de la science-fiction moderne. C’est sur cet aspect science-fiction2 moderne au XIXe siècle que je désire insister.
Je saluerai donc simplement en passant les grands noms de Jules Verne et de Louis Jacolliot. Cet autre Français, moins connu que Jules Vernes, a écrit des ouvrages de science-fiction classique aussi remarquable que ceux de Jules Verne, et dont l’un, au moins, Les Mangeurs de Feu, mérite d’être retenu, car on y voit déjà décrit, en plein XIXe siècle, le principe de la désintégration totale de la matière, et de l’utilisation de son énergie, à la fois pour la propulsion des navires aériens et comme arme de destruction massive. Mais, là aussi, l’invention ne change rien au sort du monde, elle est utilisée seulement pour un règlement de compte entre individus.
Par contre la science-fiction de H. G. Wells, qui commençait à la fin du XIXe siècle à paraître dans les revues anglaises, comme Strand Magazine, et dans des revues américaines, envisageait déjà un changement total du monde, une intervention de la science et des techniques dans la vie individuelle. Certes, Wells restait encore prudent : dans La Machine à explorer le temps, dans Les Premiers Hommes dans la Lune, l’invention merveilleuse est détruite à la fin. Mais dans La Guerre des Mondes, et dans de nombreuses nouvelles, c’est la vie quotidienne qui est modifiée.
C’est homme de la rue, c’est M. Tout le monde, qui souffre de l’invasion des Martiens. C’est l’homme de la rue qui est la victime de l’écroulement de la civilisation dans La Cuirassés de Terre.
George Griffith, contemporain de Wells, avait plus d’audace encore que Wells, sans avoir son génie. Dans ses romans : Les Hors-la-Loi de l’air, L’Ange de l’Anarchie, Olga Romanoff, le monde est réellement changé. Des batailles aériennes se livrent au-dessus de Londres, comme en 1940 ; des fusées en plastique parcourent le ciel ; le blocus sous-marin et la guerre sous-marine à outrance font leur apparition, de nouvelles sources d’énergie transforment la société ; la classe ouvrière se révolte. Griffith est injustement oublié. Comme beaucoup d’auteurs de son époque d’ailleurs. Il a fallut la patientes recherches de l’érudit américain Sam Moscowitz, aboutissant en 1968, à son anthologie : La Science-Fiction à la Lumière d’un Bec de Gaz, pour faire découvrir au grand public la science-fiction anglo-américaine de cette fin de XIXe siècle où le genre commençait réellement à naître.
En France, des auteurs que l’on considère injustement comme réservés à la jeunesse, tels Louis Boussenard et Paul d’Ivoi, faisaient également, à la fin du XIXe siècle, de la science-fiction moderne.
Dès 1889, Louis Boussenard, dans L’enfer de Glace, prévoit un élément chimique nouveau se trouvant dans les colonnes vides du tableau périodique de Mendeleïev, et imagine même une nouvelle forme de résonance magnétique qui permet à cet élément d’indiquer la présence de l’or à des distances considérables. Dans d’autres livres, il utilisera les travaux de Gustave Le Bon pour prédire l’énergie atomique.
Mais le grand homme du XIXe siècle, celui qui donna naissance à la théorie d’Einstein et qui influença de très grands savants, est indiscutablement l’Allemand Kurt Lasswitz. Je tiens du professeur Simon, l’éminent savant allemand, qui a bien connu Einstein, et que j’ai rencontré à Oxford, l’information que la nouvelle de Kurt Lasswitz : Le Diable qui emporta le professeur, a beaucoup impressionné Einstein et l’a conduit à l’idée que la vitesse de la lumière était constante et indépendante de la vitesse de la source ou de celle de l’observateur. Mais le plus grand mérite de Lasswitz réside dans la publication, en 1887, de son roman Sur Deux Planètes. Ce roman contient l’idée de l’antigravitation, l’idée de satellite artificiel, l’idée de l’exploration de l’espace. Il a influencé tous les pionniers de l’espace. Tsiolkovski, Goddard, von Braun, à tel point qu’on peut considérer et qu’on considère à juste de titre Lasswitz comme le père de l’astronautique moderne. Le livre Sur Deux Planètes donne aussi des descriptions détaillées des civilisations futures et du changement total qui pourra se produire dans notre civilisation, si nous prenons contact avec d’autres intelligences.
Sur Deux Planètes était un des livres favoris de lénine. Il le cite souvent, et il a certainement beaucoup contribué à la formation de sa pensée. Wells comme Lasswitz furent à la fois intellectuels et populaires. Le XIXe siècle a également vu naître dans Argosy, dans des livraisons populaires à fascicules, et dans des revues pour la jeunesse, anglaises surtout, une floraison de science-fiction populaire. Un jeune Américain de seize ans, qui écrivait sous le pseudonyme de Lu Senarsens, s’y est particulièrement distingué. Beaucoup d’Américains ont appris à lire dans les fascicules de Lu Senarsens, et se sont ainsi trouvés plongés dans le monde des fusées lunaires, de télévision, d’hélicoptères, de sous-marins roulant sur le fond de la mer, un monde bien proche du nôtre. Beaucoup d’historiens américains insistent sur l’influence de ces épopées populaires, sur la vague d’inventions et de méthodes industrielles, qui a abouti à la suprématie actuelle des Etats-Unis, et à ce que Jean-Jacques Servan-Schreiber a appelé le « défi américain ». Quoi qu’il en soit, la science-fiction nouvelle, décrivant l’effet social des sciences et des techniques, infiniment plus audacieuse que celle de Jules Verne, était née. Elle devait conquérir le monde.
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